« Dans la peau d’un auteur jeunesse », l’expo

Je suis allée m’inscrire à la bibliothèque de Montreuil hier et je suis tombée sur une expo assez intéressante intitulée Dans la peau d’un auteur jeunesse.

Cette expo a été élaborée pour la dernière édition du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil par la Charte (des auteurs et illustrateurs jeunesse) et l’ADAGP (Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques) afin de défendre la création jeunesse en mettant l’accent sur la réalité du monde de l’édition jeunesse et du quotidien des artistes jeunesse.

J’ai d’abord été intriguée par le titre de l’expo car on ne parle quasiment jamais des auteurs jeunesse… et puis, je me suis sentie concernée car j’ai récemment sorti ma première BD, qui peut parfaitement trouver sa place au rayon BD jeunesse.

Ce que j’ai aimé dans cette expo, c’est l’humour avec lequel les artistes sont mis en scène pour parler d’une vérité que je trouve affligeante : le salaire misérable des auteurs, illustrateurs et des artistes, en général…

Déjà qu’un(e) auteur(e) ou un(e) illustrateur/trice dans le circuit « traditionnel » ne touche qu’entre 8 à 10% sur son œuvre (s’il a de la chance, bien sûr), dans le secteur jeunesse, ce n’est que 6% (allez donc savoir pourquoi, personne n’a de réponse)… Et encore, les 6%, c’est seulement s’il n’y a pas d’autres personnes à payer. Donc si par exemple il y a un(e) auteur(e), un(e) illustrateur/trice et un(e) coloriste, les 6% sont à partager entre ces trois personnes…..!!!!

Allô ???! Je trouve ça juste choquant !! Comment les artistes sont-ils censés vivre avec ces miettes ?! Quel est le projet au juste ? Où passent les 94% restants ???!!!

Ne cherchez pas plus loin, ce sont les éditeurs et les diffuseurs (Dracula ?) qui se taillent la plus grosse part du gâteau… ce qui est totalement illogique car sans les textes et les dessins, il n’y a tout simplement pas d’histoires à vendre…

Après, on peut dire que « quand même le boulot d’éditeur, ça gagne pas bien » donc c’est normal qu’ils prennent autant d’argent et idem pour le diffuseur… Pour moi, c’est du charabia et de la poudre aux yeux ! L’éditeur et le diffuseur (et je ne sais pas qui d’autre) qui prend une grosse part de pourcentage sur chaque contrat, chaque album, travaillent sur plusieurs projets en même temps. Alors que les artistes, eux, ne travaillent en général que sur un gros projet à la fois, donc, leurs 6% (ou moins si y’a partage), c’est tout ce qu’ils vont toucher sur l’année… et je ne sais même plus quand ils sont censés toucher cet argent…

Ne me demandez pas de vous expliquer comment marche le secteur de l’édition, je n’y ai jamais rien compris, trop de détours pour embrouiller l’esprit et justifier des salaires de misère pour les artistes…

Mais, voici l’explication qui est donnée pour présenter l’exposition :

« Pour chaque livre, l’auteur signe un contrat avec son éditeur, et touche un à-valoir, soit une avance sur les droits d’auteur qu’il espère engranger. Il doit ensuite le rembourser en cumulant les fameux droits d’auteur, c’est-à-dire un pourcentage sur le prix de vente hors taxe fixé par l’éditeur. Si et seulement s’il y parvient, il commence à gagner de l’argent sur la vente de ses livres.

En France, la moyenne des pourcentages est de 10%. Mais en littérature jeunesse, pour une raison obscure ne trouvant aucun fondement économique raisonnable, hormis un usage injuste, les pourcentages stagnent aux alentours de 6%. À partager généralement entre les auteurs des textes et des illustrations… Alors l’auteur jeunesse sort sa calculette : « Supposons que mon livre coûte 10€ TTC (soit 9,45€ HT). Si je touche 6%, tout livre vendu en librairie me rapporte 0,567€ »…

Et là, il pâlit : « Alors combien d’exemplaires de mes livres doivent être vendus pour que je m’offre un café à 2€ ? 4 livres ! Un paquet de couches à 15,90€ ? 28 ! Un poulet rôti à 9,90€ ? 18 ! »

Alors, comme vous me connaissez, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis sur cette question obscure de la rémunération des auteurs et de l’opacité des maisons d’édition…

Personnellement, j’ai vraiment beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement de ce système qui justifie la précarisation des artistes. Ce qui me dérange le plus, c’est que personne n’a l’air d’oser contrer les maisons d’édition, qui ont le monopole du marché du livre. J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer quelques éditeurs, à mes tous débuts (donc, quand je venais de m’autoriser à dire que j’étais illustratrice), et il y a 1 an, lors d’une journée professionnelle d’un salon du livre.

Pour être honnête, à chaque fois que je me suis retrouvée face à un éditeur, je me suis toujours demandé : « mais, qu’est-ce que je fais là ?! » (sans la censure, ça donne plutôt : « mais, qu’est-ce que je fous là, à lécher les bottes de ce crétin prétentieux qui me regarde de haut comme si j’étais une enfant de maternelle qui ne connaît rien de la Vie ?! » xD) Après, c’était peut-être ma perception qui n’était pas très juste car déjà « contagiée » par mon opinion non neutre sur les éditeurs, j’avoue… mais bon, quelque chose m’a toujours dérangée, et c’était bien avant que je sache de quelle façon les artistes sont traités dans le monde de l’édition.

Donc, oui, quand je vois la réalité de ce secteur, je suis littéralement écœurée… mais, ce que je comprends encore moins, c’est le fait que les artistes (auteurs, illustrateurs, etc.) se bousculent au portillon quand on leur fait miroiter un contrat d’édition et ils n’hésitent pas à se pousser du coude pour travailler avec ces mêmes éditeurs qui vont les exploiter par la suite… On marche carrément sur la tête, là !

Pourquoi ? Pourquoi vouloir entrer dans ce système dégradant pour les artistes et leur travail, tout en sachant parfaitement qu’il rime avec exploitation et malhonnêteté ? Perso, j’appelle ça du masochisme, désolée…!

Pourquoi ne pas se serrer les coudes et boycotter les maisons d’édition pour qu’elles soient obligées de mieux rémunérer les artistes ?

Le problème que j’ai aussi constaté en évoluant dans ce milieu, c’est la faible solidarité entre les artistes. Beaucoup sont prêts à marcher sur les autres pour avoir « l’honneur » d’être enfin édité (donc, pensent-ils, d’être reconnus par les différents acteurs du milieu).

Et, ça me fait penser à ma rencontre avec un des premiers dessinateurs français qui a introduit les comics américains en France, qui s’était retrouvé devant mon stand lors d’un salon de comics. Il m’avait complimentée sur mon travail et demandé si j’étais déjà éditée et quand je lui ai dit non, il a eu l’air tellement navré pour moi et m’a répondu plein de compassion : « Vous en faites pas, ça va venir ! » J’étais perplexe car je voyais qu’il voulait me rassurer en me disant ça, sauf que la première chose qui m’est venue à l’esprit c’est : « Mec, t’en fais pas pour moi, j’en ai rien à foutre de pas être éditée par des voleurs, je vais très bien me débrouiller toute seule ! » Bon, je ne lui ai bien sûr pas répondu ça car ça partait d’une bonne intention de sa part. Mais, j’ai l’impression qu’on considère normal de passer sa vie d’artiste à attendre d’être remarqué par un éditeur et qu’on est censé se traîner à leurs pattes et se trémousser sous leur nez pour qu’ils daignent nous jeter un regard (si hautain soit-il) et qu’ils nous rendent enfin légitimes… Etre édité devient alors le Saint Graal de l’artiste et il court après cet objectif toute sa vie ! Mais, contre toute attente, quand il obtient ce Graal tant désiré, l’artiste déchante très vite. Financièrement, d’une part, et d’autre part, il réalise que c’est une quête qui n’a jamais de fin et qu’il ne suffit pas d’être édité pour avoir la reconnaissance dont il rêvait…

Je crois que le problème vient du fait qu’on nous a mis dans l’esprit qu’un « vrai » auteur/illustrateur doit être édité (par un éditeur, donc), sinon, il n’est pas reconnu comme étant un professionnel… en gros, c’est un imposteur tant qu’il n’est pas édité, une moitié d’artiste, quoi ! Et, je croyais ça, quand j’ai commencé, donc je me suis précipitée comme tout le monde (au salon de Montreuil) pour rencontrer les éditeurs… et j’ai été tellement refroidie par les contacts que j’ai eus que je me suis dit que j’allais trouver une autre solution pour être éditée ! Et, je l’ai trouvée, bien des années plus tard : l’auto-édition !!

L’autre problème (parmi de nombreux autres…), c’est que les artistes sont assez frileux quand il s’agit d’être autonome sur un projet qu’ils doivent mener de A à Z. Ce qui peut se comprendre, car il faut vraiment une persévérance et une confiance à soi à toute épreuve. Et, même si je suis passée par ce chemin, j’avoue ne pas avoir fait la fière tous les jours… Mais, mon projet était tellement plus grand que mes peurs que j’ai pu trouver la motivation et l’énergie pour le mener à bien…

Donc, pour que le système des maisons d’édition ne s’écroule pas, on fait croire aux artistes qu’il sera bien plus difficile de diffuser leur livre une fois s’ils sortent du circuit traditionnel. On fait courir le bruit qu’il faut des compétences en communication dont ils sont dépourvus et qu’ils ne pourront donc pas réussir à sortir leur épingle du jeu sans les éditeurs et leurs amis… Et, j’ai entendu ces peurs dans la bouche d’artistes que j’ai rencontrés.

Sauf que, soyons honnêtes, de nos jours, ces excuses ne sont plus valables avec l’émergence du financement participatif ! Ça règle tous les problèmes :

  • au niveau de l’argent, car ce sont les contributeurs qui fournissent les fonds en se cotisant
  • au niveau de la communication, car la campagne de financement participatif  sert de pub pour le produit final et le contact avec le public est déjà établi et l’artiste sait déjà si son produit va marcher
  • pour la diffusion, il suffit de faire des salons, il y en a un paquet tous les mois dans différentes régions de France. Le gros avantage est que vous touchez 100% de l’argent des ventes de votre produit !! Moi, je dis JACKPOT !!!
  • pour la distribution, il faut se rendre dans les librairies et leur demander si elles font du dépôt-vente ou si elles peuvent organiser une séance de dédicace pour que vous présentiez votre produit au public. Personnellement, je l’ai fait avec Cultura et une librairie à nation et ils m’ont dit oui tout de suite. Le gros intérêt, c’est que la commission dépasse rarement les 40%, donc vous toucherez 60% et plus sur votre produit, contre 6 à 8% en travaillant avec un éditeur. Je vous laisse faire le calcul vous-mêmes…

Il ne faut pas avoir peur du « non ». On s’en remet très vite et on passe à autre chose, je vous le garantis ! Pour un « non », j’ai reçu à chaque fois plus de 10 « oui ». Et j’ai pris cette habitude de toujours demander, car on ne sait jamais ce que les autres vont répondre.

Quoiqu’il en soit, il vaut mieux bien réfléchir avant de signer avec un éditeur, même si c’est le plus gros du marché…

Mais, je m’arrêterai ici car je sens que si je commence, je ne vais pas m’arrêter… Je développerai plus ces sujets (l’auto-édition et le financement participatif) dans un prochain article.

Pour l’instant, je vous laisse avec les quelques photos que j’ai pris de l’expo :

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Et voici le lien pour voir ou télécharger le pdf de l’expo avec toutes les photos : http://la-charte.fr/docs/DsLaPeau_web.pdf

Much Love to you all ❤

TeeNa

Expop’up à la Ferme du Buisson

En allant récupérer mes courses à la Ruche de la Ferme du Buisson tout à l’heure (oui, je teste de nouvelles choses, là, c’est un panier de légumes de 7 kg !), je suis passée devant la médiathèque de la Ferme du Buisson et mon regard a été attiré par une affiche annonçant l’évènement «Expop’up ». Ce nom imprononçable m’a intrigué et j’ai décidé de rentrer dans la médiathèque demander des informations. Une gentille employée m’a renseignée.

Il s’est avéré qu’il s’agissait en fait d’une exposition temporaire dans les locaux de la médiathèque (oui, j’avoue je fais souvent des articles avec ce thème ^^). J’ai donc pris ce temps pour moi, pour savourer cette expo et je partage avec vous ma charmante découverte du travail de l’artiste « ingénieur papier » (moi aussi faut que je m’invente le nom de mon métier !) Philippe UG avec ces quelques images.

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Parenthèse magique kiffée par…

TeeNa ★