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Reportage « La guerre des âges » ou l’apologie de la « génération dorée »

Hier, j’ai regardé un reportage sur «la guerre des âges». Cette émission a en fait été diffusée fin mai dernier dans l’émission de France 2, L’Angle éco. Ce genre de sujet de société me passionne vraiment, c’est sûrement des réminiscences de mes années en Sociologie ^^

Bref, revenons à nos moutons. J’ai donc découvert cette émission, d’un œil naïf…et je dois dire que j’ai été tellement choquée et, disons-le clairement, outrée par les propos du journaliste (…euh journaliste ? non, il est seulement économiste, ça se voit à sa façon d’interroger les gens sans leur laisser le temps d’en placer une et de faire les questions-réponses…)

Déjà, de base, il avait son idée toute faite sur ce sujet : la génération née après la guerre de 1945, les baby-boomers, comme on dit, est une génération bénie des dieux, qui a eu tous les privilèges. Il dit même que les fées se sont penchées sur leurs berceaux tellement ils jouissent de la belle vie…ils ont d’ailleurs connu les « 4 P » : paix, plein emploi, prospérité, progrès. Que demander de plus ?

Ce que je n’ai pas aimé, c’est que son reportage était donc à charge, pour prouver que les baby-boomers ont « tout raflé » pour ne rien laisser aux jeunes d’aujourd’hui… Quoi de mieux pour creuser les rivalités transgénérationnelles ?

Les jeunes de nos jours, eux par contre, ils s’en prennent plein la poire. Le mot qui caractérise leur quotidien est la précarité. On voit d’ailleurs, Florence, une jeune de 25 ans qui s’est endettée pour payer son permis (Euh…je préfère ne pas commenter ce fait…), et qui, malgré son diplôme en études graphiques n’a pas pu trouver un autre emploi que distributrice de prospectus, qu’elle qualifie de « dur labeur », mais elle ajoute : « Au moins, je me sens un peu utile, je me sens active, quoi ! Je me sens pas la lie de la société, au chômage, en attendant que ça se passe ! »… On va passer sur le jugement des chômeurs… Ses parents ont dépensé 30.000€ pour payer ses études alors ils ont comme qui dirait… « le seum » ! Mais, ils gardent tous l’espoir qu’elle trouve bientôt un CDI (le Saint Graal, apparemment…) et puisse quitter son job de forçat. Le journaliste conclut d’ailleurs d’une façon plate et sans aucun intérêt : « Elle continue de dessiner dans sa chambre d’ado en espérant trouver le job de ses rêves ».

J’ai dû plusieurs fois lutter contre l’envie d’exploser ma télé, tellement les propos tenus dans ce reportage m’ont hérissé le poil…

Et la suite du reportage n’est pas plus réjouissante… Le journaliste nous assène des chiffres effrayants : « aujourd’hui, 51% des jeunes de moins de 25 ans qui travaillent doivent se contenter d’un emploi précaire. Temps partiel – CDD – intérim – stage », comme ça les jeunes qui ont ce type de contrats (beaucoup trop de nos jours, on est bien d’accord…) se sentent encore plus angoissés et précaires et ça fait boule de neige… Et, comme si ça ne suffisait pas, le journaliste rajoute : « on est bien loin du plein emploi connu par la génération des baby-boomers », pour qui la vie était un paradis sur Terre alors que les jeunes de nos jours ont un vocabulaire bien plus imagé qui rime avec SMIC, temps partiel, dur labeur et dettes.

Les temps ont bien changé depuis l’époque dorée où ont grandi mes parents, qui n’avaient qu’à claquer des doigts pour trouver un boulot, un appart’ et tout ce dont ils avaient besoin dans la vie… Je dis ça avec une grosse pointe de sarcasme bien sûr car je pense qu’il aurait fallu nuancer et montrer plusieurs types de baby-boomers, ainsi que des jeunes de différents horizons, ceux qui galèrent, mais également ceux qui s’en sortent très bien. Oui, il y en a ! Et bien plus qu’on veut nous le faire croire… Mais bon, j’ai eu l’impression que c’était le lobby du CDI qui avait commandé ce reportage, car montrer des jeunes qui ne rêvent que d’un CDI, c’est assez éloigné de la réalité. Notre génération ne rêve pas d’être enfermée dans le même métier avilissant toute sa vie. Non ! Elle rêve de liberté, de changement, de voyages, de construire une vie qui a du sens, de reconnexion à son Moi profond… Les jeunes qui veulent un CDI font ce non-choix parce qu’ils ont peur et qu’on leur met des bâtons dans les roues quand ils veulent devenir indépendants. Vous ne me croyez pas ? Imaginez si les banques, les propriétaires et la société ne nous demandait pas d’avoir un CDI, qui en voudrait ? Personne, soyons clairs.

J’ai donc trouvé assez bizarre que le rêve d’une jeune femme qui travaille chez Renault soit d’être embauchée en CDI… apparemment, d’après le journaliste, c’est ce qui lui permettra de « bâtir son avenir ». Un autre jeune dira même : « le CDI, il débloque le permis d’avoir un prêt, un prêt immobilier, un prêt voiture. Ça permet aussi d’envisager un avenir, un avenir familial, un avenir dans tout en fait. » Mais, malheureusement rôde la malédiction du non emploi pour les jeunes d’aujourd’hui… C’est pas moi qui le dit…et j’y crois pas surtout… J’ai trouvé aussi très énervant que le journaliste parle sans cesse de « gagnants » et de « perdants » en opposant les baby-boomers et les jeunes d’aujourd’hui. C’est quoi son projet, au juste ? Créer des conflits intergénérationnels ?

Je pense au contraire que les nouvelles générations sont plus chanceuses car elles ne se contentent pas de suivre bêtement le troupeau comme des moutons, mais peuvent remettre en question les systèmes établis grâce notamment à la révolution Internet, qui leur donne accès au monde en quelques clics. Les baby-boomers ne se sont jamais demandé s’ils étaient vraiment heureux…en fait, beaucoup n’ont jamais pris le temps de se poser la question car ils avaient tout à portée de main et très facilement donc pas besoin de se poser des questions. Ils ont vécu à l’époque du plein emploi, certes, mais est-ce qu’ils ne se sont pas le plus souvent embarqués dans des carrières qui étaient à l’encontre de leurs valeurs, tout ça pour « gagner leur vie » ?

J’aurais aimé que le reportage soit plus impartial et montre des retraités qui n’ont pas « kiffé leur vie soi-disant dorée » et qu’ils montrent les jeunes qui entreprennent et bougent les choses concrètement, ceux qui construisent leur vie sans attendre qu’on leur donne le « Saint Graal en carton » qu’est le CDI… Désolée, pour ceux qui ne rêvent que de ces 3 lettres car on leur a dit que c’était ce qu’il leur fallait pour être un « bon citoyen qui contribue à l’essor du pays », mais je trouve dommage de se limiter à ce que la société exige de nous, il y a tellement d’autres options et possibilités !

Question entrepreneuriat, le reportage cite juste le « jeune » de 40 ans qui a créé Blablacar comme exemple de ceux qui s’en sortent, mais il retourne rapidement à la charge avec les jeunes d’une vingtaine d’années qui, eux, galèrent toujours… Donc, même parmi les « jeunes », il créé une troisième sous-catégorie. Ce qui laisse penser que les plus jeunes n’ont vraiment pas de chance du tout et vont morflé toute leur vie… Le journaliste commente même : « Les parents (donc la génération dorée), une génération de gagnants qui a pu se loger facilement et que l’immobilier a enrichi » Euh… bien sûr, ceux nés à l’époque du Baby-boom sont TOUS rentiers et propriétaires, c’est bien connu !

Et, pour enfoncer le clou. On voit une jeune femme de 35 ans qui a dû retourner vivre chez ses parents après sa séparation d’avec son conjoint. Son frère, lui, vient quasiment tous les week-ends avec ses quatre enfants pour profiter de la villa avec piscine de leurs parents. La question suivante est alors posée au père de la famille nombreuse : « une maison avec piscine, pour vous, pour votre génération, est-ce que c’est possible ? » Question à laquelle il répond : « non non non, vu le prix de l’immobilier, c’est inaccessible, je n’y pense même pas. On ne pense même pas à acheter une maison avec une piscine. Même sans piscine, c’est très dur, alors avec une piscine, c’est inaccessible ! » Là-dessus, son père (le propriétaire de la villa) surenchérit : « malheureusement, il a raison, il aura jamais la possibilité d’acheter ou de…peut-être après, plus tard, quand ils hériteront de la maison avec sa sœur, ça ira peut-être mieux. Mais, je suis pas pressé…» Donc, au mieux, il faut qu’il attende la mort de ses parents pour avoir une maison avec piscine, quoi… pas glauque du tout !

J’étais assez énervée que le reportage qualifie les jeunes d’aujourd’hui de « génération galère », en opposition bien sûr au baby-boomers, la « génération dorée et bénie des dieux qui a tout raflé». D’ailleurs, il traite surtout du logement et de l’emploi, mais qu’en est-il du développement personnel ? Des nouvelles techniques de bien-être ? Des innovations ?

On voit de plus en plus de personnes faire des burnout car nous sommes une génération qui a besoin de savoir pourquoi elle fait les choses, nous sommes plus éveillés que nos prédécesseurs et je trouve que c’est une chance énorme que nous avons. Je vois beaucoup de personnes nées pendant le Baby-boom regarder derrière elles et se demander où sont passées leurs belles années, regretter de ne pas avoir eu la vie dont elles rêvaient et n’avoir qu’une retraite réduite à peau de chagrin…certains retraités doivent même retravailler tellement leurs revenus sont ridiculement bas. Mais, ça bien sûr, le reportage n’en parle pas… sinon, ça vient contredire la théorie de la « génération dorée ».

Ce que je trouve dommage, c’est qu’en dressant une vision aussi idyllique de la vie des baby-boomers, ce reportage augmente voire creuse le sentiment de frustration, d’impuissance et d’infériorité que ressentent déjà de nombreux jeunes de ma génération et ceux qui n’ont pas réussi à s’autoriser à sortir du moule où on essaie de les enfermer. Finalement, à la fin du reportage, ils ont 2 choix qui s’offrent à eux : détester leurs parents d’avoir vécu une « vie dorée » et les envier OU se pendre au lustre après avoir confectionné une corde avec leurs lettres de refus d’embauche, les factures d’impayés et leurs 50 diplômes…

Très réjouissant !

TeeNa ★

 

Liens :

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/l-angle-eco/l-angle-eco-du-mardi-31-mai-2016_1466235.html

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