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Le Modèle Noir à l’honneur dans l’exposition du Musée d’Orsay

Ça faisait des mois que j’avais vu les affiches dans les couloirs du métro… Je vais aujourd’hui vous parler de l’exposition du Musée d’Orsay intitulée Le modèle Noir, qui s’est finie ce week-end.

C’était donc une exposition qui mettait à l’honneur les personnes et personnalités noires qui ont contribué à l’histoire des Arts, en tant que modèles, par exemple.

Cette exposition était hyper enrichissante et j’ai appris énormément de choses. Bon, par contre, ce qui était dur, c’était de lire les termes « nègres », « négresse », et autres mots du genre, sous quasiment tous les tableaux… Mais, ils expliquaient au début de l’expo que c’étaient des titres anciens courants au 19ème siècle et début du 20ème siècle et qu’ils les ont laissés comme témoignages historiques… Mouais, n’empêche, ça m’a bien piqué les yeux à chaque fois…

Bref, j’ai quand même pu kiffer l’expo. Y’a juste eu plusieurs moment où la colère et la tristesse ont pointé le bout de leur nez… J’ai vu, encore une fois, que je ne connaissais pas grand chose de « l’histoire des Noirs ». C’est fou !

J’ai donc découvert avec surprise que c’était très courant d’utiliser des modèles Noirs pour les peintures, mais aussi pour les cours de modèles vivants. Je ne m’étais jamais posé la question à vrai dire. J’ai déjà fait du modèle vivant. Les modèles étaient des femmes principalement (une fois un homme et une fois une vieille dame, trop cool à dessiner !) Je ne me suis jamais demandé s’il arrivait d’avoir des modèles Noirs car je m’en fiche, en fait. C’est le corps qu’on dessine et la couleur de peau est secondaire. Mais, c’était super de voir que c’était aussi possible.

J’ai appris qu’un homme Noir nommé Joseph était le modèle chouchou de Géricault. Il l’a même peint dans son célèbre tableau Le radeau de la Méduse. Aviez-vous remarqué que la personne qui agite le drapeau est un Noir (enfin un métisse) ? Géricault disait que le métissage était l’avenir de l’Humanité, quel mec intelligent ! Ce qui est dingue, c’est qu’on avait étudié ce tableau au collège et même quand j’étais à la Fac, et je ne me rappelle pas que quiconque ait mentionné le fait qu’il y ait un Noir en haut de la « pyramide » des corps et 2 autres Noirs sur la peinture… Moi-même, je ne l’avais jamais vu et ça m’a vraiment choquée !

Voici un article qui parle très bien de ce sujet ici !

Je me rappelle du tout premier tableau d’une Femme Noire que j’ai vu au Louvre, il y a quelques années. J’étais restée scotchée devant car, déjà j’étais surprise de voir une Femme Noire aussi bien peinte, je trouvais ce qu’elle dégageait vraiment majestueux. Et j’étais aussi admirative de la prouesse d’avoir réussir à retranscrire la profondeur de la couleur de sa peau ainsi que le « velouté ». En gros, j’arrivais à voir que la peau était douce à travers la peinture et il y avait un relief étonnant. Voici ce tableau :

Il y a aussi ce deuxième tableau que j’adore et que j’avais déjà vu. Je trouve la Femme tout aussi majestueuse et elle a l’air forte et sûre d’elle. J’aime ce qu’elle dégage :

Il y avait de magnifiques statues de Charles Cordier, qui montraient la diversité de la beauté des Noirs. J’étais encore une fois subjuguée par ce que dégageaient ces statues :

Sinon, j’ai aussi découvert un autre fait très bizarre, c’est que, bien que les Noirs étaient, à l’époque,  considérés comme étant inférieurs aux Blancs, quand il s’agissait de s’occuper des enfants et de les nourrir, là, d’un coup, y’avait plus d’hésitation. Les femmes Noires étaient très recherchées par les familles de la haute société, (je n’ai pas été vérifié) car, apparemment, elles avaient un lait d’excellente qualité… C’est quoi, on parle de vaches laitières ou bien ?

En plus, en sachant que les mères étaient séparées de leurs enfants dès que possible, je n’ose même pas imaginer la douleur de ces femmes qui étaient obligées de nourrir d’autres enfants que les leurs… et encore pire, les rejetons des personnes qui les avaient privées de leurs enfants… Mais, ça, personne n’y pensait car des objets n’ont aucun sentiment…

 

L’homme noir diabolisé, on connaît déjà, non ? Certains s’amusaient à prendre des modèles Noirs pour peindre Satan… trop sympa. Le très aimable Ingres a d’ailleurs piégé son apprenti, Théodore Chasseriau (artiste métisse) et le modèle Joseph (dont j’ai parlé plus haut) en omettant de leur dire que le projet sur lequel il leur avait demandé de travailler était la représentation de Satan sous les traits d’un homme Noir… pas classe du tout, mec ! Voilà le tableau réalisé :

Apparemment, quand il s’agissait du spectacle, les Noirs étaient d’un coup reconnus pour leur talent. Clowns, acrobates, danseurs, ça passe crème. Joséphine Baker s’est illustrée dans cette dernière catégorie. J’étais hyper mal à l’aise en voyant les vidéos où on la voit faire des danses débiles et faire des grimaces… Personnellement, je pense qu’elle n’a pas du tout aidé les Noirs à être respectés comme des êtres égaux des Blancs. On aurait dit qu’il fallait forcément faire le singe pour amuser la galerie et pour être accepté dans l’espace public. Je crois que son déguisement avec sa ceinture de bananes et ses seins nus est celui qui me dérange le plus… C’étaient les femmes esclaves qui étaient obligées de montrer leur poitrine et elles étaient des objets sexuels à la merci de leurs maîtres. On me dira peut-être que le but de Joséphine était de justement jouer la provocation, mais je m’en tape, je déteste la voir se trémousser comme un animal hystérique…

 

Il était une fois Olympia. Ce tableau m’a vraiment interpellée car je sais que je l’ai déjà vu plusieurs fois au cours de ces dernières années et… je n’avais jamais remarquée l’esclave qui tient le bouquet de fleurs sur la droite !! Peut-être car sa couleur de peau est aussi foncée que le rideau derrière elle. Et en fait, notre regard est happé par le corps blanc et lumineux de la femme à poil devant (perverse, moi ? Pas du tout. Haha !) Je n’ai pas compris pourquoi ce tableau a autant fait sensation. Il y a même plusieurs versions inversées dans lesquelles on voit la femme Noire allongée et la Blanche en servante dans le fond et le chat blanc devant. Why not ! Ça poussait à la réflexion finalement.

Le saviez-vous ? L’écrivain Alexandre Dumas était métisse. Là, c’est clairement dit et montré. On peut même voir les différentes caricatures racistes dont il était la cible à l’époque. Par contre, quand il a fallu faire un film autobiographique sur lui, c’est Gérard Depardieu qui a été choisi pour jouer son rôle… On peut m’expliquer ? On lui avait fait 2-3 bouclettes dans les cheveux (alors que les cheveux de Dumas étaient crépus) et c’était plié… Euh non, en fait ! Faut arrêter de se foutre des gens à un moment donné… Pourquoi cacher qu’il était à moitié Noir ? Quand on parle de son talent d’écrivain, là, il est Blanc, ok normal…

 

Il y avait ce tableau qui m’a vraiment émue aux larmes… A un moment, je me suis approchée pour voir l’expression de l’homme attaché par terre… Erreur. On voyait tant de douleur dans son regard. Douleur physique, mais aussi morale.  Peut-être que le fait que ce soit un frère de couleur qui le fouette y soit pour quelque chose. Je crois que ce qui m’a aussi touchée, c’est de voir que tous les autres personnages autour de cette scène de violence font comme si de rien n’était. Et, ça, ça me fait penser que dans la Vie, on agit souvent de cette façon : on fait comme si on ne voyait pas les autres souffrir et on n’intervient surtout pas, on les laisse parfois crever la gueule ouverte… Comme si on nous avait appris à ne surtout pas être solidaires et à laisser les autres dans leur merde. Comme si on allait être châtié si on les aidait. Au temps de l’esclavage, c’était le cas, en tout cas… « Diviser pour mieux régner », en gros.

 

Un tableau qui m’a aussi beaucoup perturbée, c’est celui sur l’abolition de l’esclavage de François-Auguste Biard. Enfin, l’abolition est censée être le thème, mais quand on regarde la scène de plus près, il y a pleins de détails gênants, comme le fait que les Noirs restent à genoux devant les Blancs. Ils ne sont plus esclaves et sont donc censés être libres, mais finalement, non, ils deviennent des servants, nuance. Ils restent en tout cas inférieurs et, quelque part, toujours asservis.

 

Voilà !

J’ai trouvé que cette exposition était vraiment importante à présenter et que c’est génial qu’elle ait été vue par autant de gens. My God, la queue à l’entrée du musée ! Je crois bien qu’elle a eu le succès qu’elle méritait 🙂

Depuis le film Black Panther, sorti en 2018, j’ai l’impression qu’il y a une sorte de réveil de la population, c’était la première fois qu’on voyait des Noirs dans leur pleine puissance au cinéma. Ça en a choqué plus d’un, d’ailleurs, mais ça a, en tout cas, marqué les consciences et je trouve ça bien. On va pouvoir enfin avancer tous ensemble vers une société plus égalitaire, où chacun sera respecté tel qu’il est, peu importe ses origines. Oui, je vis totalement dans l’utopie et je l’assume 😀

Je vous laisse avec quelques dernières photos de l’expo !

 

Much Love to you all 💖

Christelle alias TeeNa

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