Histoire de drames amoureux…

Ah l’Amour ! Lui aussi, il en a fait couler des litres et des litres d’encre ces derniers siècles (voire millénaires)…

Beaucoup frémissent ou se recroquevillent en entendant ce simple mot, pourtant aussi innocent qu’un nouveau-né (sisi je vous jure) ! Vous me direz que vous avez vos raisons pour craindre l’Amour et le fuir dès que vous en avez l’occasion, que vous en avez connu des tonnes des histoires d’amour qui finissent mal (merci, les Rita Mitsouko pour ce raccourci simpliste et réducteur…)

Vous pensez sûrement que l’Amour ne vous veut que du mal et qu’il vous l’a prouvé maintes et maintes fois. Ou même que quelqu’un vous en veut personnellement (un vieux barbu vous observant vous débattre, grassement assis sur les nuages, par exemple ?), que vous avez été ensorcelé à votre naissance par une méchante fée rongée par la haine ou par votre marraine qui ne s’est jamais intéressée à vous… Oups ! Je m’égare.

Vous vous dites que ça ne peut pas être facile car tout le monde galère en amour. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux et regarder autour de vous… Ok ok, je vous l’accorde ! Nombreux sont ceux qui galèrent en amour. Mais, moi, ce qui m’intéresse, c’est le pourquoi !

« Comment ça, « pourquoi » ?? Y’a pas de pourquoi, c’est comme ça, pis c’est tout ! »

Et si, je vous disais qu’il y a en fait une grande part de conditionnement dans tout ce que vous expérimentez comme drame amoureux ! « N’importe quoi !!! Personne n’est assez débile pour vivre des drames amoureux, juste par conditionnement !! » Ben…si, en fait, nous tous ! Laissez-moi vous exposer ce que j’ai compris en grattant un peu la croûte et en m’intéressant à la partie immergée de l’iceberg 🙂

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Tout a commencé innocemment avec les tragédies grecques (aussi loin que j’ai pu remonter). Ces dernières ont instauré la règle des « histoires d’amour à sensation », du drame en veux-tu en voilà et des choix cornéliens qui ne mènent jamais au bonheur mais plutôt surtout à la douleur (pas la douleur de chochotte, non non ! Celle qui donne envie de se pendre au lustre…)

Souvent d’ailleurs, l’Amour est confondu et mélangé avec des choses qui n’ont rien à voir avec lui, comme l’honneur ou encore la dignité. L’exemple que j’ai en tête, c’est Antigone. J’ai lu ce livre pour la première (et dernière fois) en 3ème, et déjà à l’époque, j’étais choquée par tant de débilités. Je n’ai jamais compris les choix que cette idiote faisait. Tout ce que j’ai retenu, c’est qu’elle a sacrifié son bonheur et sa vie pour des broutilles et il me semble qu’elle aurait pu rétablir l’honneur de son frère tout en finissant avec son chéri. Mais non, il a fallu qu’elle finisse emmurée et pendue à sa ceinture (très glamour)… J’avais trouvé ça hyper violent comme fin, mais si c’était une Happy End, on n’aurait pas appelé ça une « tragédie ». En tout cas, comme pour Chimène (non, pas Badi…) et son amoureux, les choix étaient aussi cornéliens. Mais, bizarrement l’Amour est toujours écarté pour des raisons qui semblent « justes » aux personnages, sauf qu’à chaque fois, ils ont des fins atroces et douloureuses et on colle tout sur le dos de l’Amour…

La littérature shakespearienne a suivi la tendance avec des histoires d’amour toutes plus horribles les unes que les autres… A commencer par la plus célèbre (et la préférée de beaucoup trop de personnes sur cette planète), j’ai nommé : Roméo et Juliette ! Je n’ai jamais compris pourquoi cette histoire est qualifiée de « belle histoire d’amour », elle est juste horrible et en plus, ils meurent tous les deux de façon stupide à la fin… Je me permets une question, qui peut vous paraître bête : « en quoi c’est beau deux êtres amoureux qui se suicident parce qu’on les empêche de vivre leur amour ?! »

Je me rappelle l’avoir lu étant ado (décidément, on nous lavait le crâne à grand jet de c*nneries) et je trouvais déjà la fin ridicule car ils auraient pu juste s’enfuir ensemble et vivre heureux et amoureux. Mais non !! Je viens de lire un résumé, j’avais oublié des détails. Roméo et Juliette se sont mariés le lendemain de leur rencontre…vraiment très crédible déjà ! C’est digne de Disney, si on oublie la fin…car ils n’ont pas vécu heureux et n’ont pas eu beaucoup d’enfants haha ! Il a fallu qu’ils décident de rester pour une raison bidon. Ah oui, Juliette a fait semblant d’être morte pour ne pas épouser le prince Paris, sans prévenir Roméo, enfin elle avait confié cette tâche au prêtre qui les a mariés, mais le message de ce dernier n’est jamais parvenu à Roméo (sinon c’est pas drôle) et ce cher ami s’est donc suicidé sur le faux cadavre de sa bien-aimée (après avoir trucidé le cousin de Juliette, qui était devant son tombeau…vous avez dit « glauquissime » ?) Finalement, quand celle-ci se réveille de sa fausse mort, elle a juste le temps de voir son Roméo mort, puis vu qu’il faut une tragédie, elle décide de s’auto-suicider aussi avec le poignard de son homme…et voilà ! The End. NEXT !

C’est malheureusement avec ce genre d’histoires pour référence qu’on grandit en se construisant une image erronée de l’Amour. Et finalement, on finit même par trouver plus de charme à l’amour impossible et rempli de souffrance, qu’aux relations heureuses, saines et enrichissantes.

Si vous ne me croyez pas, j’ai relevé des citations dans la saison 4 de Buffy (que je revisionne en ce moment ^^) Le souvenir ému que j’avais gardé de cette série a été altéré par la nouvelle conscience que j’ai des mensonges qu’on nous met dans le crâne. Je peux enfin voir clairement les jeux amoureux malsains d’Angel et Buffy et ne plus en être peinée, mais les voir tels qu’ils sont en réalité : ridicules, niais et cul-cul à souhait ! L’Amour, ce n’est pas ça ! Et, pourtant, c’est ce qu’on nous fait croire et on nous le sert à toutes les sauces, jusqu’à écœurement en nous disant que c’est ça l’Amour…

Déjà, de base, c’est l’histoire d’un amour impossible, les deux amants ne peuvent pas être ensemble car Buffy est une tueuse de vampires et Angel un vampire. Elle est donc censée le tuer. Choix très judicieux de la part de Joss Whedon car il a réussi à inscrire ses deux personnages dans la légende des histoires d’amour merdiques, qui sont devenues la référence de nombreuses ados. Oui bon ok, j’avoue : moi aussi, j’étais tombée dans le panneau en étant ado… Mais, maintenant que j’ai grandis, j’entends et je comprends ce qui se dit derrière des phrases qui pourraient sembler drôles ou anodines voire banales ou normales.

Dixit Buffy, saison 4, épisode 9 : « j’suis bien placée pour savoir que les histoires de mecs, ça se termine toujours mal ». Willow lui dit pourtant que la souffrance n’est pas une amie, mais Buffy n’en démord pas et continue : « je ne peux pas m’empêcher de penser que sans la souffrance, rien ne peut être sublime. Sans elle, est-ce qu’une relation saine, tranquille et rassurante peut être aussi intense ? Je sais que c’est débile mais une part de moi-même croit qu’un amour, une vraie passion ne peuvent exister sans la souffrance et les rapports de force ! » (Elle tue un vampire après sa tirade, ce qui est censé en appuyer le côté humoristique) et finit par dire : « tout de même, je me demande d’où je tiens ça ? »

Merci, Buffy, pour toutes les âneries que tu nous fiches dans le crâne… En plus, elle annonce tout ça comme des vérités donc quand on est ado, on n’a pas le recul nécessaire pour se dire que c’est peut-être faux. Après, elle continue son laïus en reconnaissant être attirée par les « bad boys » et devoir se défaire de ce penchant, mais se plaint pourtant de sa relation naissante avec Riley, qui, lui, semble si honnête et incapable de lui faire du mal, de la faire se sentir misérable ou de lui briser le cœur…Elle trouve qu’il y a quelque chose qui manque et ça l’empêche d’être complètement heureuse (juste pour info, au début de la saison, elle tombe amoureuse de Parker, un mec qui a couché avec elle, puis l’a jeté comme une vieille chaussette, elle était à fond sur lui, par contre…) Ce qui la gêne, c’est sûrement le fait que ce soit trop parfait et qu’avec Riley, elle pourra enfin être heureuse, après avoir morflé pendant 3 ans à aimer Angel.

Plus tard dans l’épisode, Willow dira aussi : « l’Amour n’est qu’une malédiction ! » car elle s’est séparée de son copain, Oz, qui l’a accessoirement larguée comme une crotte, après l’avoir trompée avec une fille louve-garou (qu’il a également tuée, à part ça, tout va bien…) Bref, pas besoin d’aller plus loin. En un épisode, on a récolté tous les fruits pour saboter sa vie amoureuse et rechercher la souffrance car on la trouve normale.

Souvent, l’Amour est même associé au dévouement, au sacrifice. Dans Buffy (décidément), cette dernière doit même trucider son homme d’une épée pour éviter la fin du monde, normal, quoi… Once upon a time (série que j’adore pourtant) est aussi adepte du sacrifice, qui est le mot préféré des héros. Regina dira même « aimer, c’est se sacrifier »… WTF ?!!! Quel rapport ?!

Niveau série frenchy, il y a aussi Plus belle la vie, qui est fortiche pour créer des histoires d’amour qui finissent mal, c’est la marque de fabrique des scénaristes, qui s’amusent à créer des drames depuis maintenant 12 ans. La dernière histoire en date m’a achevé et j’ai arrêté de regarder cette série. C’était une magnifique histoire naissante entre Jonas et une fille, qui s’est avérée être… sa demi-sœur ! Là, j’ai dit STOP… Après ok, ce ne sont que des histoires, ce n’est pas la réalité, mais on ne sait pas ce qui se passe dans notre inconscient quand on gobe ce genre de choses, vu que lui, ne fait pas la différence entre la réalité et la fiction… Donc, autant regarder des choses plus constructives.

Mais, l’Amour est le sujet préféré de tous. On le retrouve même en chanson. Et, dans les chansons d’amour, ce sont les mêmes croyances limitantes qui se jouent et qui sont répétées en boucle comme des mantras… 99,9% des chansons d’amour parle de rupture, de tromperie, de drames amoureux (avec leurs amis les larmes, les désillusions, les remords, les regrets, les coup-bas, la haine, la jalousie, la trahison) et, bien sûr, de souffrance.

L’histoire de Roméo et Juliette a marqué des générations d’histoires d’amour de son sceau du malheur et du drame, aussi bien dans la réalité que dans la fiction. Au cinéma, c’est la même chose, il n’y a qu’à voir l’histoire d’amour de Jack et Rose, dans Titanic… une fin tragique, fidèle à la tradition. (Je suis désolée, mais y’avait carrément la place pour monter à deux sur cette p*tain d’armoire !!) Encore une fois, il fallait que les amoureux soient séparés par la mort pour éviter une fin rose bonbon à la Disney…sauf qu’à force, c’est assez gonflant de voir toutes ces histoires d’amour qui se finissent mal. Entre les happy ends improbables dignes des contes de fées où des pimbêches écervelées attendent le prince charmant et se marient avec lui et lui font pleins de bébés, sans même connaître son prénom (ah bah si, c’est « Prince Charmant »…) et les histoires tragiques à la chaîne, y’a un gouffre ! Et, personnellement, je commence sérieusement à être écœurée de subir tous ces drames amoureux qu’on me présente comme étant la réalité…

Car, après avoir été gavé de ce genre d’inepties toute notre vie, après avoir identifié l’amour au drame, au tragique, à la souffrance et trouvé ça beau, poétique voire romantique, grâce à la littérature, à la musique, au cinéma et aux séries : Comment créer des relations saines et épanouissantes, sans larmes et sans drames, en se disant que c’est bel et bien de l’amour !?

Je vous mets au défi d’essayer.

TeeNa ★

 

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