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Arte reportage : Les routes de l’esclavage

Il y a quelques jours, j’ai regardé le reportage en 4 épisodes d’Arte Les routes de l’esclavage et… ça a été une véritable claque !

J’ai réalisé qu’en fait : je n’ai jamais rien su sur l’esclavage… c’est la raison pour laquelle je ne voulais jamais en parler, je ne me sentais pas concernée bien que mes ancêtres l’aient vécu. Je me trouvais toutes sortes d’excuses bien trouvées pour ne surtout pas en parler. Je voulais soi-disant éviter de tomber dans le cliché de la « noire qui parle d’esclavage ».

Je crois que la vérité est toute autre : j’avais en fait hyper peur de mettre le nez là-dedans, d’ouvrir cette boîte de Pandore…

Je savais que ce serait dur de prendre conscience de tout ce qu’il s’est passé à l’époque, les horreurs, la violence, la barbarie avec laquelle des hommes, des femmes et des enfants ont été traités le plus normalement du monde par des gens dits « civilisés »… Je savais aussi que la souffrance des esclaves pourrait être insupportable pour moi et que ça me révolterait. J’avais peut-être aussi peur de passer en mode rageuse et de basculer dans la haine en mémoire de mes ancêtres… pour les venger, en quelque sorte.

Heureusement, le reportage d’Arte est très bien fait et il n’a pas suscité chez moi d’émotion vengeresse. Il m’a plutôt donné envie de me renseigner encore plus pour pouvoir parler le plus justement d’esclavage et rétablir une vérité honteusement cachée. Et, je sais maintenant que je ne peux plus ne pas en parler, mon article est déjà une façon de rendre la parole à mes ancêtres.

Le reportage m’a aussi permis de réaliser qu’il n’y a pas que les descendants d’esclaves qui sont concernés par l’esclavage et que tout le monde l’est en fait car toutes nos sociétés se sont bâties et enrichies grâce au travail des esclaves, très rentable car gratuit. Nous avons donc tous en commun ce passé, bien que nos origines soient différentes. Nos sociétés modernes ont été bâties dans le sang des esclaves et dans la haine… réaliser ça m’a vraiment fait un électrochoc. J’ai à présent un nouveau regard sur le monde.

Ce que j’ai aussi appris, c’est qu’à la base, les esclaves n’étaient pas forcément noirs. Le mot esclave vient de « slave », donc des peuples slaves, c’étaient eux qui étaient en majorité esclaves. C’est seulement par la suite que l’Afrique est devenue le principal fournisseur d’esclaves…

Ce que je ne savais pas non plus, c’est que l’esclavage a permis de produire du sucre en quantité pharaonique à travers le monde car les esclaves travaillaient principalement dans des plantations de canne à sucre au début. C’est ça « l’or blanc » ?

Il y a quelques jours, j’ai vu le film 12 ans d’esclavage et ça m’a fait réfléchir encore plus. Bon, là, ça se passe dans un champ de coton et non dans une plantation de canne à sucre. J’ai appris encore plus de choses que je ne savais pas sur l’esclavage, comme le fait qu’on pouvait kidnapper une personne noire libre pour en faire un esclave… Autant vous dire que ce film m’a bouleversé. Surtout une scène assez insupportable à regarder, pendant laquelle le héros fait tout ce qu’il peut pour ne pas finir étranglé, dans l’indifférence totale des autres habitants de la plantation. On voit même des enfants jouer, rire et s’amuser en arrière-plan… Cette scène était vraiment très longue, j’en pouvais plus, j’avais envie de rentrer dans la télé pour aller l’aider tellement c’était horrible… j’en dis pas plus pour ne pas spoiler.

Je réalise que l’école ne nous apprend pas toutes ces « subtilités » concernant l’esclavage, on nous parle juste du commerce triangulaire. D’ailleurs, c’était tellement pas clair que je l’ai toujours situé vers l’Inde… Je ne me rappelle même plus ce qui était dit à ce sujet. Personne ne parle du fait qu’à la base, les esclaves étaient de toutes origines et de tous pays et qu’il y a eu un basculement à un moment donné vers le continent africain. Personne ne nous dit que des Rois africains ont contribué à la traite de leurs semblables en les vendant au plus offrant, (les Portugais, au début). Et, très rapidement les autres pays ont suivi la marche en voyant le pactole qu’ils allaient se faire. C’était tout bénéf’ car l’Afrique regorgeait des plus grandes richesses au monde : les minerais (or, argent, diamants, etc) mais également la main-d’œuvre docile à foison…

 

Personnellement, comprendre ce qu’il s’est passé à l’époque m’a permis de faire évoluer ma façon de penser le monde. Je pense qu’il serait bien de rendre ce genre de reportages accessibles au plus nombre. Pourquoi ne pas les montrer à l’école ?

Car comme je le disais, l’esclavage nous concerne tous, êtres humains, qu’on soit descendants d’esclaves ou non.

Ça permettrait peut-être de faire réagir les gens et de réveiller les consciences pour qu’on arrête de fermer les yeux en pensant que le temps de l’esclavage est révolu. On le sait tous très bien que ça existe encore dans de nombreux pays…

Je trouve ça vraiment aberrant. C’est comme si les leçons du passé n’avaient servi à rien. Les mêmes erreurs sont reproduites encore et encore…

Est-ce un rêve utopique d’espérer qu’un jour tout ça stoppe pour de bon ?

 

Much Love to you all 💖

TeeNa

 

2 commentaires

  • Clea

    Coucou, coucou,

    Je comprends totalement ton émotion. Je me souviens avoir vécu la même lorsque j’ai commencé à me renseigner sur l’esclavage. Mes parents, d’origine caraïbéennes, m’ont très tôt parlé du sujet. Je me souviens de petite moi à l’école primaire qui expliquait à une copine « Et du coup, tes ancêtres ils ont fait ça, et les miens ils ont vécu ça. »

    J’ai eu une période où l’esclavage m’a fasciné. J’ai lu touuuut ce qu’on pouvait lire sur le sujet. Gamine, je dévorais des romans, parfois très crus, qui parlaient de l’esclavage aux Antilles. Ado, j’ai souvent beaucoup pleuré, de mi-rage, mi-frustration et d’avoir l’impression d’avoir sur les épaules un passé plus lourd que moi. Pas facile.

    En cours de latin et de grec ancien, j’ai retrouvé beaucoup de paix à comprendre les origines de l’esclavage depuis l’Antiquité et je me suis aussi passionné du sujet jusqu’à la fin de ma khâgne en lettres classiques. Maintenant, ça va, j’ai une vision plus complète de la chose et je « comprends » la situation de l’esclavage moderne. Je ne l’ignore pas et j’en connais les racines, même si je suis tout comme toi avide d’un monde où ce fléau aura cessé.

    Bref, ton poste m’a beaucoup ému.
    Des bisous.

    • TeeNa

      Coucou Cléa ! Merci beaucoup pour ton partage ! Je suis heureuse que ça t’ait touchée 🙂
      Comme je le dis dans mon article, je découvre tout juste tout ce qui concerne l’esclavage. Quand j’étais petite, j’avais seulement vu le film Racines et j’étais déjà beaucoup trop affectée pour me renseigner davantage sur le sujet. c’est super que tu aies eu cette force et cette envie d’en connaître le maximum sur l’esclavage et que tu aies transmis quelque chose aux autres.
      Je pense aussi que c’est très sage de ne pas se laisser plomber par ce passé, le mieux serait de pouvoir en faire quelque chose de constructif tout en rendant hommage à nos ancêtres disparus. Reste à trouver la plus belle et respectueuse façon d’agir.
      Bizoo

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